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L’économie du solo : un amortisseur invisible qu’il est temps de reconnaître

  • Photo du rédacteur: Albane Comot Rannaud
    Albane Comot Rannaud
  • il y a 5 heures
  • 3 min de lecture

Le verdict de l'Insee est sans appel : avec 1 165 800 créations d'entreprises en 2025, la France ne s'est jamais autant inventée un destin entrepreneurial. 


Pourtant, ce record est accueilli avec une moue dubitative. On y voit tantôt une « illusion de dynamisme » masquant une précarisation rampante, tantôt un simple « bruit statistique » porté par les plateformes. 


Cette lecture, qui réduit l'entrepreneur solo à une variable d'ajustement, passe à côté d'une mutation profonde : l'économie du solo n'est plus une périphérie, c'est un pilier de notre résilience moderne et le signal d'une mutation irréversible de notre rapport au travail.



Paysage de montagne enneigée avec des skieurs et annotations "Économie française" et "Tissu solo" illustrant l'amortisseur entrepreneurial.
On admire souvent les skieurs et la trace, on oublie bien souvent la neige.


Au-delà du mythe de l’« ubérisation »


Il est tentant de réduire ce boom aux seules plateformes de livraison ou de VTC. S'il est vrai que ces activités restent dynamiques, elles ne sont plus l'unique moteur. La croissance de 2025 est portée par une diversification des profils : les sociétés unipersonnelles (SASU, EURL) progressent de manière significative (+6% en un an), prouvant que le projet entrepreneurial dépasse souvent le simple complément de revenu.


Ce n'est pas qu'une question de chiffres, c'est une question de visage. Aujourd'hui, 32 % des créateurs ont moins de 30 ans, et les femmes consolident leur place, représentant près de la moitié des nouveaux entrepreneurs individuels classiques. Pour ces profils, l'indépendance n'est plus un choix par défaut mais une quête d'autonomie et de flexibilité, citées comme motivations premières par 61 % des nouveaux arrivants.



Un amortisseur social et territorial


Loin d'être un mirage, cette « économie du solo » agit comme une soupape de sécurité indispensable. Environ 40 % des créations se font par nécessité, absorbant des actifs qui, sans cette autonomie, pèseraient lourdement sur les chiffres du chômage.


C'est aussi le poumon de nos territoires. Là où les grandes structures se retirent, l'indépendant maintient le service de proximité et le lien social. L'artisanat représente encore 40 % des créations en zone rurale. On observe d'ailleurs que l'implantation de tiers-lieux et d'espaces de coworking en milieu rural booste les créations locales de +14 %, preuve que le solo n'est pas un électron libre, mais un acteur ancré dans un écosystème local.



Le plafond de verre de la pérennité


Reconnaître cette force impose de regarder ses fragilités. Le revenu médian des dirigeants d'entreprises individuelles stagne autour de 12 000 € par an, et 45 % d'entre eux vivent sous le seuil du SMIC annuel. La survie reste le grand défi : si 88 % passent le cap de la première année, moins de la moitié des micro-entrepreneurs sont encore en activité après trois ans.


Cette fragilité est souvent le fruit d'un isolement stratégique. En 2025, moins de 15 % des micro-entrepreneurs bénéficient d'un suivi structuré. Pourtant, l'accompagnement (mentorat, conseil, réseaux) augmente les chances de survie de 5 à 10 points. L'enjeu n'est plus de créer, mais de faire durer.



Pour une professionnalisation stratégique de l'économie du solo


L'entrepreneur solo doit enfin être considéré comme un véritable acteur économique. Cela impose trois changements de paradigme :


  1. Généraliser l'accompagnement : sortir du modèle « test & learn »  en rendant le conseil stratégique accessible dès la création et cela, peu importe le statut.


  1. Encourager la robustesse : faciliter le passage du régime micro au régime réel (franchi par seulement 12 % des entrepreneurs) pour favoriser le changement de posture.


  1. Sécuriser les parcours : la réforme de l'assurance chômage d'avril 2025, qui limite le cumul ARE/revenus à 60 % des droits restants, doit nous inciter à mieux préparer la viabilité économique des projets dès le premier jour.


L'économie du solo pèse désormais près de 3 % du PIB national. Elle n'est pas un symptôme de crise, mais une réponse agile. Il est temps que nos politiques économiques cessent de l'ignorer pour enfin lui donner les moyens de sa pérennité.


signature Albane Comot Rannaud


Sources

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